Alors que la journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes est prévue le 25 novembre, on continue de dénombrer un viol toutes les 40 minutes en France. Seule une victime sur 6 dépose plainte, et la culture du viol continue d’être largement répandue dans les mentalités, notamment relayée par des présupposés complètement débiles.

1. On se fait violer dans des ruelles qui puent la pisse par des inconnus avinés

Ouais ouais, fais gaffe quand tu rentres le soir et tout et tout, mais sinon seuls 10% des violeurs sont des inconnus. 34% des viols sont du fait du conjoint et le reste des viols recensés sont réalisés par des proches directs de la victime, dans un cadre familier. Quand on sait que seules 15% des victimes portent plainte, on imagine tranquillement que cette proportion augmenterait considérablement si tous les viols faisaient l’objet de poursuites judiciaires.

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2. En même temps si tu portes une jupe courte, tu cherches

Partant du principe que 100% des femmes affirment avoir déjà été une fois victime d’une agression sexiste ou sexuelle dans les transports en commun et que pas 100% des femmes portent une minijupe, on peut imaginer que cette idée est fausse. Pourtant, pour un quart des sondés sur la question, porter des affaires considérées comme sexy est un acte de provocation. On peut donc dire qu’un quart des sondés sont des cons.

Vous voyez ? Je fais une provocation, là. Pour autant vous trouveriez ça normal de me casser la gueule ou de me tuer ? CQFD.

3. Bah les mecs ils peuvent pas être violés puisqu'ils ont tout le temps envie

C’est sûr, les mecs ont tout le temps envie, d’ailleurs s’ils disent non on s’en fout puisqu’ils ont tout le temps envie, donc on peut se servir d’eux comme d’objets.

Bon cela dit, 9% des viols déclarés concernent des hommes. Et 9%, ça fait quand même plus de 1.000 cas par an, en France.

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4. C'est un peu exagéré de te sentir agressée parce que le mec a insisté deux secondes

D’après la loi, une pression morale suffit à définir une agression sexuelle. Il s’agit pas de s’interdire toute expression d’envie, il faut pas être débile, mais insister lourdement pour obtenir un rapport sexuel, même si l’on finit par renoncer, c’est agresser la personne avec qui on aurait aimé l’avoir ce rapport sexuel. Y compris si c’est sa meuf. Et y compris si une heure plus tôt elle avait envie et plus là.

5. Du sexe oral ou un doigt dans le vagin, c'est juste de l'attouchement, pas du viol

Le viol se définit aussitôt qu’il y a pénétration. N’importe quelle pénétration. Par exemple, si vous mettez « pour déconner » une olive dans l’anus de votre pote le bizuth, vous pouvez terminer en prison. Pour faire simple, doigts dans la foufoune sans consentement ou bite dans la foufoune sans consentement, même combat que bite dans la foufoune sans consentement.



6. Ca sert à rien de porter plainte

Non, ça ne sert pas à rien pour plein de raisons. La première, c’est que ne pas porter plainte revient, par honte ou par peur, à laisser impuni un crime. La deuxième, c’est que cette relative impunité (seul 1 viol sur 6 donne lieu à des poursuites judiciaires) crée une culture latente d’acceptation qui s’auto-alimente.

7. Les violeurs terminent systématiquement en prison

Il arrive régulièrement que des juges d’instruction incitent des victimes de viol à ne pas se pourvoir devant la Cour d’Assises, mais devant le Tribunal correctionnel, soi-disant pour des questions de délais de traitement et de confort. Sauf que le Tribunal correctionnel ne peut juger des crimes, mais seulement des délits. La procédure consiste donc à requalifier un crime (le viol), en délit (l’agression sexuelle). Dès lors, la prescription pour l’auteur des faits est de 3 ans, et toute forme de pénétration ne sera pas reconnue puisqu’échappant à la compétence du tribunal.

Le violeur encourra également une peine de prison moindre (10 ans au lieu de 20 maximum). De ce fait, les viols requalifiés en délit discréditent la notion même de viol et évitent bien souvent aux coupables d’être incarcérés, les victimes ne portant pas nécessairement plainte tout de suite.

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8. Souvent on dit qu'on veut pas alors qu'en fait on veut

Non, globalement, la notion de consentement est assez claire. Si quelqu’un dit qu’il veut pas baiser, même s’il n’a pas un livre à la main et un plaid sur les épaules, même s’il est tout nu, il veut pas baiser. En cas de doute à la « tu me taquines », on peut reposer la question très sérieusement, et si c’est toujours non, c’est que c’est non la réponse. Malgré tout, 20% des gens pensent que « non », en fait, ça veut dire « oui » et 31% des moins de 25 ans pensent que les filles aiment par nature être forcées.

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9. On ne se remet jamais d'un viol

Si y’a moy’, à condition de bénéficier d’un suivi thérapeutique ou d’être un surhomme. La société sous-estime généralement les conséquences pratiques faisant suite à un viol, comme le risque de tomber dans la dépendance à un truc qui flingue peu à peu genre l’alcool, mais la psychothérapie dispose d’outils solides qui aident les victimes à se reconstruire.

10. Il y a des techniques pour éviter le viol

Cette idée est du même genre que « tu portes une minijupe, tu cherches ». Si tu veux pas te faire violer, t’as qu’à mettre un survet cracra, pas te maquiller ou avoir les cheveux dégueulasses. Bah non, en fait : déjà parce que tu risques quand même de te faire violer rapport au fait que la majorité des viols ont lieu, encore une fois, dans la sphère privée, et puis surtout on ne va pas commencer à organiser sa vie de façon à éviter un péril qui ne devrait pas exister. On espère que c’est plus clair comme ça.

Les victimes de viol peuvent bénéficier d’un soutien de la part d’associations et de l’Etat. Il existe un numéro anonyme et gratuit, le 3919, accessible si l’on souhaite être accompagné. Sinon, vous pouvez aussi découvrir en dessin le projet crocodile sur le harcèlement.