Langue maternelle, LV1, LV2, tiens si j’apprenais le finnois. Il y a, dans notre rapport aux langues, une sorte de cursus commun qui nous conduit souvent à nourrir des mythes sur le langage qui ne sont pas fondés scientifiquement. Le mieux est de tout remettre à plat et de refaire son b-a-ba.

1. Il existe des langues plus simples que d'autres

L’idée de difficulté inhérente à une langue est assez complexe à définir d’un point de vue linguistique. En réalité, toutes les langues ont une grammaire propre qui revêt sa propre complexité : soit celle-ci portera sur les terminaisons des mots, soit sur l’ordre des mots dans la phrase, soit sur le rapport au temps, etc.

L’idée qu’il existe des langues simples est également problématique d’un point de vue historique et humain, car une langue simpliste serait une langue qui limiterait par sa teneur même la capacité de penser de ceux qui la pratiquent… Il s’agit donc souvent d’un argument politique utilisé pour limiter l’usage d’une langue régionale, ou pour décrédibiliser une population. C’est notamment ce qui s’est passé avec le créole durant des siècles.

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2. Les enfants assimilent plus facilement une langue que les adultes

Le mythe selon lequel les enfants seraient plus perméables aux langues extérieures et les apprendraient donc plus facilement que les adultes est fausse. Cette pensée, qui conduit de nombreux adultes à reculer devant la perspective d’apprendre une langue car cela semble un travail trop difficile, se heurte aux conclusions scientifiques sur l’apprentissage du langage chez les enfants. Les bébés éprouvent de réelles difficultés pour assimiler une langue. En réalité, quand on y réfléchit, cela leur prend bien 5 ou 6 ans.

En comparaison, les adultes apprennent beaucoup plus rapidement une langue. Il existe des exemples de personnes ayant appris des langues qui leur étaient totalement étrangères en trois mois.

3. La communication animale s'apparente à une forme primitive de langage humain

Par dynamique comparative, l’humain tend à considérer la communication animale, qu’elle passe par des chants, des danses ridicules ou des grognements, comme une forme primitive de langage, assimilable aux balbutiements de la communication humaine.

Or, le langage proprement dit se définit par des caractéristiques très éloignées de la communication animale. Le premier est le morphème, soit l’ensemble des mots qui, divisés, perdent tout leur sens. Le morphème est le signifiant : le mot chanteur en comporte deux, -chant (l’idée de musique à la voix) et -eur, suffixe désignant celui qui fait quand le mot pomme de terre est un morphème à lui tout seul. Bref des trucs qu’on ne retrouve pas dans les grognements d’un lion.

Le deuxième critère est la capacité de création infinie : on peut combiner et recombiner des phrases à l’envie et toute personne qui parle notre langue sera en mesure de les comprendre quelle que soit la tournure employée. Là encore, rien à voir avec le pépiement d’un oiseau.

4. L'écriture texto détruit le niveau de langue des jeunes

On parle beaucoup de l’appauvrissement de la langue, lequel émanerait naturellement de l’écriture texto, d’Internet, des jeux vidéo et du fait que les gosses, je vous promets, de mon temps c’était autre chose.

S’il existe un vrai virage en matière de compréhension de la grammaire et de l’orthographe français, ces glissements n’affectent pas nécessairement le langage. La compréhension mutuelle entre les jeunes demeure absolument parfaite, même si la question d’un vocabulaire limitée pose question quant à la capacité de certains enfants à exprimer leurs sentiments.

Par ailleurs, des études montrent que les enfants sont capables d’adapter leur langage à leur interlocuteur et donc d’utiliser des expressions qui ne leur sont pas propres pour se faire comprendre. D’autres études soulignent une corrélation entre la qualité de l’orthographe des enfants et leur propension à écrire des textos. En réalité, jamais les enfants n’ont autant écrit et lu, même s’ils ne sont pas Balzac.

 

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5. La langue est une aptitude innée

Les chercheurs considèrent plutôt la langue comme un fait culturel. Les aptitudes innées de l’homme doivent être favorisées par un environnement culturel adapté. Un enfant-loup ne parlera pas et marchera à quatre pattes. En revanche, c’est vrai que ce sera difficile d’adopter un loup et de lui faire tenir correctement sa fourchette et de lui apprendre à prononcer « sauce au poivre ».

6. Certains peuples sont plus doués pour les langues que d'autres

La génétique remet en cause l’idée selon laquelle certains peuples seraient plus doués pour l’apprentissage d’autres langues en raison de leur langue d’origine. Il n’existe pas de gène de la langue. La réalité est à chercher du côté culturel ; si les Scandinaves parlent aussi bien anglais, c’est surtout parce qu’ils sont confrontés à des programmes en anglais dès leur plus jeune âge et ont donc une plus grande imprégnation de la langue anglo-saxonne. A l’inverse, les Espagnols, souvent moqués pour leur maîtrise très approximative des langues étrangères, ont une tradition de doublage des films qui ne désenfle pas.

7. On n'oublie jamais sa langue maternelle

Il est tout à fait possible d’oublier sa langue maternelle, faute de la pratiquer. Dans ses Idées reçues sur la langue, la linguiste Marina Yaguello cite l’exemple d’un jardinier russe émigré en France qui avait perdu l’essentiel de la maîtrise du russe tout en ne disposant pas d’un niveau de français suffisant pour l’utiliser facilement. Cette situation l’a conduit à se murer dans le mutisme. On peut être orphelin de langue.

8. On ne peut avoir qu'une langue maternelle

On considère souvent qu’un enfant binational choisira une langue comme langue maternelle et que sa maîtrise de l’autre langue ne sera pas aussi native. C’est faux. Les enfants binationaux exposés à parts égales à deux langues pourront penser, rêver et parler sans problème dans une langue et dans l’autre. En revanche, ils pourront tout à fait développer un niveau de maîtrise supérieur d’une langue par choix ou par nécessité.

9. Il existe des langues pures

La pureté de la langue est une construction politique. Tous les peuples sont amenés à incorporer des mots empruntés à d’autres langages dans leur langue. Ce qui se passe aujourd’hui en France avec l’anglais n’est que la continuation d’une tradition millénaire. Toutes les langues s’interpénètrent. Cette idée de pureté de la langue est le pendant linguistique du nettoyage ethnique promu par certains groupuscules d’extrême-droite.

10. Le français est une langue difficile à apprendre

En réalité, le français n’est pas aussi difficile d’abord qu’on veut bien le dire. L’apprentissage étant matière de cadres, la plupart des étrangers qui apprennent le français finissent par se féliciter des cadres très stricts qui régissent sa grammaire. Le fait de devoir réfléchir à la grammaire est aussi une manière de mieux la comprendre et donc de mieux l’intégrer. Et de dédramatiser le rapport de l’étranger à la langue française en ce qu’il est amené à se poser des questions grammaticales similaires à celles que se posent les Français eux-mêmes.

Ça va faire jaser.

Sources : Listverse, L’Express, Catalogue des idées reçues sur la langue

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