Les poivrots, les ivrognes, les alcoolos, les pochards, les soiffards, les buveurs, les piliers et les biberonneurs, hein ? On en aurait presque fait des héros romantiques, de ceux-là, avec leurs nez épatés et leur teint rougeaud. Mais vous savez, les mecs, ils n’ont rien de romantiques, et tous les alcooliques ne leur ressemblent pas. On traite mal de l’alcoolisme dans la littérature et les idées reçues fleurissent. C’est pas de la fleur de gentiane, tout ça.

1. L'alcoolisme n'est pas vraiment une maladie

Si. Le terme « alcoolisme » a été inventé en 1849, remplaçant toutes les expressions péjoratives antérieures de l’ivrogne au poivrot. En 1978, l’OMS a reconnu l’alcoolisme comme une maladie, distinguant plusieurs formes, la plus grave étant la forme chronique, laquelle entraîne une dépendance physique.

La question de la considération de l’alcoolisme comme une maladie est un sujet de débat entre chercheurs et médecins. Aujourd’hui, toute une frange de la psychiatrie tend à traiter la dépendance à l’alcool comme toutes les autres dépendances et non pas comme une maladie à part entière. Mais la question n’est pas tranchée.

2. Il existe différents types d'alcoolisme, certains moins graves que d'autres

Non, pas vraiment. Il existe différents types de rapport à l’alcool, certains moins graves que d’autres, mais l’alcoolisme est en général toujours aigu ou chronique, c’est-à-dire qu’il consiste en une absorption excessive occasionnelle ou régulière avec ou sans dépendance physique et avec ou sans recherche de l’ivresse. En réalité, la consommation excessive d’alcool est systématiquement corrélée avec un haut niveau d’anxiété et des symptôme de dépression ; le problème, c’est qu’à part un soulagement temporaire, l’alcool aggrave ces symptômes et qu’une consommation à risque glisse toujours, si on n’y prend pas grade, vers une alcoolodépendance.

3. On peut arrêter l'alcool quand on veut si on le veut vraiment

Quand on veut on peut, tout ça tout ça… Non. Il faut arrêter assez vite quand on se rend compte qu’on est en train de glisser vers une consommation sans maîtrise. Le cercle vicieux que l’on décrivait avant est particulièrement retors : on boit trop pour se détendre, mais l’alcool renforce notre stress à long terme et on a besoin de reboire et reboire… Même sans dépendance physique, il existe une dépendance psychologique qui s’installe et est difficile à surmonter. Si on se trouve en incapacité d’arrêter, même temporairement, c’est que l’on est dépendant.

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4. On peut guérir de l'alcoolisme

Encore un sujet de débat entre ceux qui considèrent l’alcoolisme comme une maladie et les autres. Une bonne part de la recherche estime que la personne alcoolique l’est à vie et que sa seule solution est de demeurer abstinente. Elle n’est pas guérie de l’alcoolisme, elle demeure alcoolique, mais sa maladie est désormais en sommeil et sera réactivée aussitôt que de l’éthanol viendra chatouiller ses synapses. Ce terreau est donc partisan d’une abstinence définitive comme seul remède à la maladie : on se rétablit plus qu’on ne guérit. Mais le pan scientifique qui tend à considérer l’alcool comme une drogue n’en vient pas aux mêmes conclusions.

5. L'alcool ne crée pas de dépendance physique

Si, mais c’est rare. L’alcoolisme avec dépendance physique intervient très tard après une exposition répétée sur le long terme. Dès lors, la personne obligée d’arrêter de boire, ne serait-ce que pour aller bosser, ressentira des symptômes de sevrage, du genre vomissements, vertige, tout le toutim. Ouf, ça ne vous est probablement jamais arrivé. Pour autant, la dépendance psychologique est plus importante et plus dangereuse aussi, parce qu’elle entraîne une reconsommation régulière. Quand la dépendance physique s’évanouit en quelques jours, la dépendance psychologique nécessite plus de temps et un accompagnement pour être appréhendée.

6. L'alcoolisme n'est pas préjudiciable à la société

Oh que si. On estime que l’alcoolisme coûte chaque année 18 milliards d’euros à la France, si l’on considère qu’il crée de l’absentéisme au travail, des besoins médicaux, de la violence, etc. En général, dans les pays développés, le coût de l’alcoolisme pour la société représente 1% du PIB. C’est gargantuesque.

7. L'alcoolisme est la moins pire des dépendances

Non. Des chercheurs ont classé différentes drogues selon la négativité de leur impact à la fois sur la société et sur l’individu : l’alcool est la deuxième drogue la pire pour la société et la quatrième, derrière le crack et l’héro, pour l’individu. Ca veut quand même dire ce que ça veut dire.

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8. L'alcoolisme est un acquis de l'adolescence

Non, plusieurs chercheurs gagent que l’on peut, dès le plus jeune âge, détecter psychologiquement les personnes qui auront plus de chances d’entretenir une relation de dépendance à l’alcool plus tard. Ces tests auraient l’intérêt de pouvoir améliorer la prévention sur le long terme et d’agir avant qu’il ne soit trop tard. L’alcoolisme ne serait pas seulement une question d’exposition à l’alcool, mais bien un problème à plus long terme dont l’origine serait psychologique.

9. On ne peut pas être alcoolique réellement avant 25 ans

N’importe quoi. On peut être alcoolique à 14 ans si on boit non stop et qu’on a de la dépendance. Cette croyance populaire colportée par les étudiants pour justifier leur comportement à risque est débile : pour autant, dans les faits, la plupart des étudiants s’exposent à une consommation trop importante d’alcool mais savent s’arrêter l’âge aidant.

10. C'est normal d'être alcoolo quand on voit à quel point le monde va mal et...

Ouais ouais ouais. Les études prouvent effectivement que, plus on est intelligent, plus on a de chances d’avoir un rapport malsain à l’alcool. Mais aucun lien avec l’idée qu’il faudrait noyer son intelligence pour supporter le monde, les raisons sont avant tout cognitives et liées à l’évolution. L’alcoolisme n’a absolument rien de romanesque quand on le vit ; c’est un enfer qui prive de plein de plaisirs essentiels à la vie et désocialise.

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L’alcool, c’est pas glop.

Sources : Le Plus, Alcool Info Service, Wikipédia, Slate