Pourquoi cultiver son bien-être quand on peut s’ébattre dans le malheur ? Une question à laquelle plusieurs groupes ont pris soin d’apporter leur réponse avec un talent certain pour saper le moral. Qui pourrait leur en vouloir ? Quand ça va pas fort, ça va pas fort, que voulez-vous ?

1. Radiohead

Nooooo alarm and nooooo surpriiises…

Coucou la déprime adolescente, celle qui surgit quand Amanda a refusé de sortir avec toi. Et te voilà qui sort dans le froid, iPod vissé aux oreilles, au milieu de tous ces gens qui n’ont rien compris et qui ne cessent de te parler du bac alors que t’es encore puceau bordel de merde.

Chienne de vie.

2. Beach House

Tender is the night for a broken heart who will dry your eyes when it falls apart ?

Tu sais pas ce que tu as. Tout allait bien, et tout à coup tu t’es mis à repenser à ton enfance, à ressortir les albums jaunis remplis de gens désormais morts, tout ce passé qui ne resurgira pas. Catatonie en canapé, t’aimerais pleurer mais tu peux pas. Putain on va tous crever bordel, et t’as même pas fait ta vaisselle.

3. Joy Division

When the routine bites hard and ambitions are low and the resentment rides high but emotions wont grow…

C’est simple, tu regardes la personne qui partage ta vie et tu te rends compte que tu n’as rien à faire avec. Que tu as renoncé à tout. Que tu voulais faire une expédition au pôle nord et qu’au lieu de ça tu dois pointer dans ton entreprise de télécoms à Vaux-le-Vicomte dans 20 minutes et que t’es en retard et qu’il y a plus de PQ et que ta vie est tellement nulle qu’on dirait un sketch de Roland Magdane.

4. Portishead

I’m so tired, of playing playing with this bow and arrow gonna give my heart away leave it to the other girls to play

Voilà. On en est là. 3 heures du mat’, même pas de frissons, et tu peux pas monter le son parce que tes voisins vont gueuler. Insomnie infinie, ennui intersidéral. Tu te boirais bien un verre de whisky hors d’âge, mais t’es au chômage et les factures s’accumulent, sans compter sur ce petit truc bizarre que tu as sur le sexe. Mais le temps d’une chanson, tu te prends pour Humphrey Bogart ; puis tu fonds en larmes parce que t’es vraiment loin du compte.

5. The Smiths

I was looking for a job and then I found a job and Heaven knows I’m miserable now…

Réunion interminable. Les gens s’écoutent parler. Tu ne clignes même plus des yeux, introspection totale, presque de la méditation. Au fond de toi quelqu’un hurle à la mort. Si tu le laissais sortir, tu partirais en courant, mais tu ne peux pas. Ça s’appelle la conformité sociale. Et le pire de tout ça, c’est que tu sais que tu es trop lâche pour t’en extraire. Tu souris parce qu’il faut faire semblant d’être joyeux. Tu es mort à l’intérieur.

6. The Cure

I hear her voice calling my name the sound is deep in the dark.

T’es déprimé et content de l’être. Ta déprime t’habille d’une aura noire que tu penses séduisante. Te voilà légèrement éméché dans cette soirée où tu ne connais personnes, déambulant, verre à la main pour te donner une contenance. Tu es persuadé que tout le monde te regarde. Tes pensées, elles, voguent vers des horizons rétrécis, vagues souvenirs de filles ratées, envies d’ailleurs inassouvies. Mais tu sais bien, au fond, que tu es complètement ridicule.

7. The National

I’m a confident liar had my head in the oven so you’d know where I’ll be. I’ll try to be more romantic, I want to believe in everything you believe. But I was less than amazing.

Bon ça y’est : elle a pris toutes ses affaires. Il n’y a plus rien qui lui appartienne dans cet appartement. Rien. Un vague parfum qui résiste et qui te plante le coeur plus puissamment qu’une dague. Et le pire, dans tout ça, c’est que tu n’es même pas en colère contre elle. Déjà parce que tu as perdu toute capacité de colère ; ensuite et surtout parce que tu sais très bien que tu es responsable de tout.

8. Balthazar

Well it was yoyo, I suppose. I play like fashion comes and goes.

Si jamais tu avais eu un peu de cran. Un peu de cran, juste un peu de cran. Juste un tout petit peu. Tu serais resté. En partant d’un coup, au petit matin, tu t’es senti comme ces acteurs américains qui s’éloignent en marchant du lieu de l’explosion. Mais tu sais bien que ce n’est pas une explosion que tu as quitté mais la possibilité du bonheur. Et toi, tu as sciemment décidé de t’en détourner, d’un coup, parce qu’en bon gros narcissique que tu es, tu as décidément besoin de cultiver le malheur pour te sentir vivant. Et tu sais que ça ne s’arrêtera jamais.

9. Florence and the Machine

Happiness hit her, like a train on a track. Coming towards her, stuck still no turning back. She hid around corners and she hid under beds. She killed it with kisses and from it she fled. With every bubble she sank with a drink.

Fuyons le bonheur de peur qu’il ne se sauve. Seul à noël. Pas même parce que tu n’as pas de famille, ça, ça aurait du sens. Mais parce que tu l’as décidé. Tu n’y es pas allé en toute conscience, à ta fête de noël. Et tu sais très bien que ça fera des histoires, mais tu ne pouvais pas, simplement. Et désormais, tu danses ton malheur en te saoulant la tronche parce qu’il n’y a pas mieux à faire que de célébrer quand vient la fin du monde.

10. Trisomie 21

Un pas. Puis un autre. Puis un autre encore. Tu sors de chez le médecins. Les examens n’étaient pas bons. Oh non, ils n’étaient pas bons. Combien de temps t’a-t-il donné, déjà ? Tu ne sais plus, tu as pris soin d’effacer cette information à peine l’avais-tu emmagasinée. Pas longtemps. Pas bien longtemps. Les gens sont flous, tout s’efface autour de toi, la lumière aveuglante de l’hiver te frappe en pleine gueule, tu ne vois plus rien, c’est le début de la fin. Pourquoi marcher ? Tu t’assieds sur un banc. Quand on n’attend plus rien de la vie, on n’a plus qu’à attendre tout court.

Et bon dimanche à tous.