Depuis le 3 avril, la France (la SNCF surtout, certes) est en grève. Et la situation devrait rester inchangée jusqu’au 28 juin si l’on en croit les dernières informations. Alors trois mois, c’est un petit record tout de même, et on espère qu’ils ne devront pas se mobiliser encore pendant 15 ans parce que ça risque de devenir très très handicapant. Mais on est très looooooooooin de nos amis anglophones qui tapent des records exceptionnels en terme de longévité grévistique. Et non ce terme n’existe pas.

1. La "Blanket Prostest" irlandaise qui a duré 5 ans de 1976 à 1981

Pendant longtemps, l’Irlande du Nord est le théâtre de violences politiques déchirant nationalistes et unionistes. Des prisonniers paramilitaires républicains sont enfermés à Long Kesh au cours du conflit. En 1976, on décide de leur retirer leur statut spécial et de les mélanger aux prisonniers de droit commun. En contestation, Kieran Nugent l’un des républicains nationalistes, refuse de porter l’uniforme de condamné et se couvre simplement d’une couverture. Les choses dégénèrent quand, lassés de ne pas être entendus, ces derniers décident de recouvrir les murs de leur cellule d’excréments et d’arrêter de se laver en 1978. Ils enchaînent avec une grève de la faim en 1981 qui provoque la mort de 10 contestataires. Les autorités y mettent fin de force au bout de 53 jours. Après cinq ans de protestation, les prisonniers n’ont pas obtenu gain de cause mais ils sont parvenus à faire grossir le parti nationaliste républicain irlandais.

2. La grève du Congress Plaza à Chicago qui a duré 10 ans de 2003 à 2013

Les employés de l’hôtel souhaitent que leur salaire soit augmenté et pour ce faire, ils décident de se mettre en grève. Sauf que le propriétaire de l’établissement vit à Genève et Tel Aviv et qu’il n’est jamais revenu après que cette dernière ait débuté. Au début, les salariés se mobilisent, déterminés à se faire entendre. Puis les années passent, certains sont obligés de retrouver un travail car les 200 dollars hebdomadaires versés par les syndicats sont insuffisants. En 2013, ceux qui étaient 130 grévistes initialement décident d’arrêter cette interminable grève. Ils n’ont pas obtenu gain de cause. Aucune hausse des salaires n’est mise en place. Et leur retour se fait « sans condition ». On salue la persévérance néanmoins.

3. La grève de l'école de Burston qui a duré 25 ans de 1914 à 1939

En 1914, deux professeurs des écoles, Annie et Tom Hidgon sont mis à la porte par le Comité exécutif scolaire de la zone à laquelle appartient l’établissement dans lequel ils enseignent. La raison : un conflit entre les membres du comité, propriétaires fonciers et ces deux derniers dont les méthodes de travail et l’instruction déplaisent. Les époux ouvrent alors une école alternative que 66 des 72 de leurs élèves rejoignent. Depuis, l’école de Burston est devenue un lieu de commémoration en faveur de l’école publique. La grève se « termine » en 1949 à la mort de Tom Hidgon mais on continue néanmoins à y enseigner.

4. Irom Sharmila Chanu entame une grève de la faim pendant 16 ans de 2000 à 2016,

Après avoir assisté à la mort de 10 civils à un arrêt de bus, cette indienne décide de cesser de se nourrir pour protester contre les pouvoirs spéciaux de l’armée. Elle est emprisonnée pour tentative de suicide et nourrie de force par sonde nasale par les autorités. Pendant 16 ans, elle ne laisse jamais tomber son combat. Néanmoins, constatant que son action ne provoque pas de changement, elle décide d’y mettre terme en 2016. Elle rédige une lettre dans laquelle elle promet de mettre un terme à sa grève de la faim et contre 10.000 roupies (135 euros), elle est libérée. Elle souhaite, par la suite, se lancer dans la politique.

5. À Dublin, les employés du Downey's Pub font grève pendant 14 ans de 1939 à 1953

Dans ce bar, tous les salariés sont des unionistes. Et lorsque l’employeur décide de remplacer le plus âgé de ces derniers par un barmaid ne faisant pas partie de cette mouvance, les autres employés s’insurgent. Le propriétaire du bar décide de tous les virer et de les remplacer par des non-unionistes, histoire de bien leur mettre les boulettes. Et forcément, ils ne sont pas très contents. Du coup ils installent un piquet de grève devant l’établissement. La grève s’éternise, à tel point que quelques uns des salariés retrouvent du travail entre temps. On soupçonne même Downey de les payer pour qu’ils restent puisque cela attire les touristes qui ont entendu parler de cette grève éternelle. Ce n’est qu’à sa mort, en 1953 qu’un accord est trouvé entre les employés et le nouveau patron. Et puis finalement en 1976, l’endroit est démoli pour laisser place à un merveilleux centre commercial… !

6. À Las Vegas, la grève est menée contre un Casino (The Frontier) pendant 6 ans 4 mois et 10 jours dès 1991

The Frontier refuse de signer une convention collective sur laquelle un grand nombre de casinos se sont alignés, cette dernière vise à améliorer les droits des travailleurs dans les structures signataires. Du coup, les 550 employés syndiqués du Casino « The Frontier » refusent catégoriquement de retourner travailler (et ils n’y retourneront pas pendant ces six années) tant que l’établissement n’accepte pas de signer cette convention leur octroyant multiples avantages. Ils sont rejoints par 20 000 manifestants en février 1992. Pendant longtemps, négociations et démonstrations s’enchaînent sans qu’aucun accord ne soit atteint. Finalement, les propriétaires de l’hôtel sont ruinés, ce dernier est revendu et les acheteurs se montrent beaucoup plus ouverts aux compromis. Tout est bien qui finit bien.

7. La grève des mineurs britanniques qui a duré un an de 1984 à 1985

Margaret Thatcher, elle ne kiffait pas trop les syndicats. Du coup, lorsque la Commission National du charbon décide de fermer une vingtaine de puits déficitaires, ce qui provoque l’ire des syndicats, la 1ère ministre soutient fermement le maintien de cette décision. D’autant plus que cette grève ne fait pas l’unanimité. Initiée par les dirigeants de certains puits, elle n’est pas voulue par la majorité des mineurs. Sauf que sont en jeu plusieurs dizaines de milliers d’emplois (ce qui fait BEAUCOUP). La grève s’étale sur plusieurs mois et le gouvernement Thatcher refuse de céder. En 1985, des pertes énormes sont constatées, aucun droit n’est octroyé aux ouvriers. Malgré tout cette grève marque un tournant dans l’histoire du syndicalisme ouvrier, et c’est toujours ça de pris.

Alors, on est peut-être des champions en terme de récurrence, mais les anglophones nous défoncent clairement en terme de longévité. Et si par hasard, vous sentez qu’une injustice émerge de ce top, n’hésitez pas à nous informer de l’existence de grèves encore plus looooooongues.

Source : Le Monde Diplomatique, Slate.fr, Cairn.info, Wikipedia

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