Comme tant d’autres avant lui, Emmanuel Macron a pris la plume (entendez par là le mec qui écrit ses langages) pour s’adresser au peuple de France en pleine crise des gilets jaunes. En bon animateur du débat national qu’il a décidé d’engager sur à peu près tous les sujets (mais non ça partira pas dans tous les sens, arrêtez d’être mauvaises langues), il en a dessiné le cadrage à travers des mots aussi touchants que pas hyper clairs. Et surtout éloignés au possible de ce qu’il voulait vraiment nous dire.

1. "Lorem ipsum dolor sit amet"

Pourquoi il voulait mettre ça : Parce que le mec avait tapé « modèle lettre aux Français » sur modele-lettre.com et qu’il avait vu que ça s’ouvrait comme ça alors d’un point de vue jupitérien, il s’est dit que ça valait le coup de respecter la forme.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Ses conseillers sont intervenus à temps et ont arraché le début du texte, du coup il a complété le début à la main.

Ce qu’il a mis à la place : « Chères Françaises, cher Français, mes chers compatriotes… » (écrit à la main).

2. "Si tu roules en Renault Fuego en 2019, c'est pas seulement un problème pour toi, c'est un problème pour la société entière"

Pourquoi il voulait mettre ça : Parce que ça permettait tout à trac de se désolidariser de Carlos Ghosn, de parler d’écologie et d’esquisser un début d’interdiction du tuning, qu’il a bien connu à Amiens.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Ses conseillers lui ont expliqué que la référence à la Renault Fuego était super old et que ça cadrait pas avec sa stature de jeune président dynamique.

Ce qu’il a mis à la place : « Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? »

3. "L'abstension, ça commence à faire chier"

Pourquoi il voulait mettre ça : Parce qu’il commence à en avoir un peu marre, là, qu’on lui renvoie systématiquement à la gueule le fait qu’il a été élu avec 24% des voix, bon, hey, ho, hein, il a fait 60 au deuxième tour, faut-il le rappeler ?

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Parce que vu comment il concentre la haine sur sa personne, ça aurait été embêtant que les gens s’abstiennent AUSSI de partager au grand débat national.

Ce qu’il a mis finalement : « Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ? »

4. "Bordel vous voulez vraiment avoir Le Pen, Salvini, Orban, Trump et Bolsonaro en même temps au pouvoir ?"

Pourquoi il voulait mettre ça : Elu en partie sur la peur du FN dans une époque marquée par la montée des populismes d’extrême-droite qui mettent un peu mal à l’aise et font légèrement peur, c’était l’occas’ de rappeler qu’en France tout n’allait pas bien mais au moins on ne regrettait pas le bon vieux temps de la dictature et on n’organisait pas des ratonnades d’Etat contre les migrants.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Apparemment, le mot « Trump » est une marque déposée.

Ce qu’il a mis finalement : « En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires. »

5. "Au-delà de nos différences / Des coups de gueule, des coups de sang / À force d´échanger nos silences / Maintenant qu´on est face à face / On se ressemble sang pour sang"

Pourquoi il voulait mettre ça : Franchement, le petit hommage à Johnny en pleine crise des gilets jaunes, y’avait moyen qu’il passe bien.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Il était pas chaud chaud pour se retrouver au milieu des querelles d’héritage de la famille Smet.

Ce qu’il a mis finalement : « Et peut-être découvrirons-nous que nous pouvons tomber d’accord, majoritairement, au-delà de nos préférences, plus souvent qu’on ne le croit. »

6. "Bon, on va reprendre tous les sujets de société depuis le début et vous allez voir qu'on n'a pas trop de solutions à part celles que je propose, en fait..."

Pourquoi il voulait mettre ça : Bah franchement, quitte à faire un pot-pourri politique en essayant de faire valider son programme par défaut, autant le dire.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Tous les sujets de société, ça faisait beaucoup, et en plus ça risquait d’encourager les citoyens de parler de la longueur du feu à l’angle de l’avenue de la République et du carrefour.

Ce qu’il a mis finalement : « Nous avons retenu quatre grands thèmes qui couvrent beaucoup des grands enjeux de la Nation : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. »

7. "Puisque vous voulez parler d'immigration, allons-y, parlons-en..."

Pourquoi il voulait mettre ça : On sent bien qu’il avait vraiment pas envie d’ouvrir ce chapitre mais qu’il a été forcé ; autant le dire, ça fera toujours un marqueur de gauche dans le cadre du virage social.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Ses conseillers trouvaient plus malin d’évoquer frontalement la question, mais à travers des débats hyper techniques auxquels personne ne saurait quoi répondre.

Ce qu’il a mis finalement : « En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?

8. "Les gilets jaunes, ça manifeste, ça manifeste, mais ça propose pas beaucoup de solutions, hein..."

Pourquoi il voulait mettre ça : Bah hey ho, hein, c’est bien sympa de critiquer les mecs mais on aimerait vous y voir, à devoir discuter tous les jours avec Edouard Philippe et les mecs relous de l’administration, hein… On voit pas beaucoup de banderoles « atteignons l’équilibre budgétaire au moyen d’une flat tax sur les transactions internes aux holdings via un dispositif réglementaire instillé par l’UE » dans les manifs, hein.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : On lui a rappelé qu’il était censé avoir trouvé des solutions dans son programme pour être élu.

Ce qu’il a mis finalement : « C’est ainsi que j’entends transformer avec vous les colères en solutions. »

9. "Je flippe sa mère"

Pourquoi il voulait mettre ça : Pour casser la stature jupitérienne et rappeler à tous qu’il est avant un homme, un français comme un autre et qu’il peut, lui aussi, avoir peur.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Le ministre de la Défense lui a dit que la Russie en profiterait peut-être pour justifier une invasion.

Ce qu’il a mis finalement : « En confiance, Emmanuel MACRON »

10. "Big bisous bien baveux"

Pourquoi il voulait mettre ça : Il l’aime, sa France, bordel de cul.

Pourquoi il ne l’a pas mis, finalement : Il s’est souvenu que la présidence normale de Hollande avait mal tourné.

Ce qu’il a mis finalement : Rien. Garder un peu de distance, ça fait pas de mal en temps de gastro.

J’en connais qui doivent avoir hâte de devoir traiter les cahiers de doléances de toutes les collectivités locales pour en faire ressortir une cinquantaine de propositions qui seront ensuite ignorées par le pouvoir. Bon taf, les mecs.