Si tu ne te poses plus de questions sur ton engagement féministe (et que tu es déjà fan de mèmes féministes), tu n’es peut-être pas encore au courant de ce qu’est l’écoféminisme et de quoi il en retourne. Et ça tombe bien car tu vas tout piger en lisant ce top. On va essayer autant que faire se peut de mettre un peu de lumière sur ce courant de pensée injustement peu connu.

1. Le mouvement date des années 80

Le terme est précisément né en 1974 en France. On le doit à l’une des pionnières du mouvement féminisme des années 70 : Françoise d’Eaubonne. Toutefois c’est plutôt aux Etats-Unis que le mouvement voit le jour après l’accident nucléaire de Three Mile Island en 79 (de niveau 5) qui a entraîné la conférence « Women and Life on Earth » un an plus tard puis de nombreuses mobilisations au cours des années 80. Le courant est devenu ensuite rangé des voitures, dans le domaine de la recherche universitaire. C’est con parce qu’il y avait un mouvement de révolte qui avait plutôt de la gueule mais on en a fait un sujet académique légèrement chiant et totalement dépolitisé. La grosse arnaque quoi.

2. En France, c'est pas du tout, mais alors PAS DU TOUT connu (mais si ça se trouve, ça va changer YAY)

Comme vous l’avez vu, les mouvements écoféministes ont surtout pris forme outre-Atlantique (et outre-Manche aussi mais on y reviendra plus tard). Mais pourquoi, me direz-vous ? Eh bien pour la faire courte, il y a d’un côté le courant écologiste des années 70 en France qui est plutôt un truc de mecs et laisse de côté les meufs, rapport au fait que les meufs, on s’en bat les steaks. D’un autre côté, il y a le courant féministe français qui se dit principalement « matérialiste », et donc peu porté sur l’écologie.

C’est justement la fameuse François d’Eaubonne qui a commencé à faire un lien entre les deux mouvements, et a créé l’association Ecologie-Féminisme en 78. Mais bon, tout ça explique pourquoi on est un peu à la bourre sur ce dossier aujourd’hui encore en France.

3. C'est un mouvement anti-nucléaire

Sans caricaturer le mouvement, une de ses principales luttes s’articule contre le pouvoir nucléaire (on le rappelle, c’est l’accident nucléaire de Three Mile island qui a engendré la naissance du mouvement) auquel on associe une forme de pouvoir patriarcal. Cela dit l’écoféminisme s’érige contre tous les scandales sanitaires.

4. Pour les écoféministes, il y a un lien entre l'oppression subie par les femmes et celle subie par la nature

C’est la base du concept. On parle même d’un ruban Möbius (un ruban qui n’a qu’une seule face et non deux comme ses autres copains rubans) pour montrer à quel point l’écologie et le féminisme ne font qu’un. Pour faire simple, on associe la nature à la féminité ce qui justifie qu’on la détruise puisque les femmes sont plus faibles. Vous l’aurez compris, c’est une représentation purement patriarcale que justement les écoféministes tentent de déconstruire en se réappropriant le concept de Nature : un geste qu’on peut aussi bien résumer comme le « reclaim ».

5. ... du coup, c'est aussi un mouvement critiqué pour sa vision essentialiste

Pour beaucoup, l’écoféminisme associe la femme à la nature (même si comme on l’a vu juste au-dessus, c’est un peu plus subtil que ça). Et ça, ça plaît pas beaucoup puisque ça va avec l’idée que les femmes seraient plus sensibles, plus à l’écoute, plus douces, et donc plus proches de la nature à l’opposé des hommes qui sont plus raisonnés, rationnels, et proches de la culture. C’est pourquoi le mouvement a été critiqué en particulier par les féministes matérialistes. En fait, le délire c’est pas tant que les femmes sont plus proches de la nature sur le plan génétique mais plutôt qu’elles sont assignées à ce rôle.

6. Il existe quelques exemples de camps éco-féministes qui avaient l'air plutôt sympatoches

Si je te dis là tout de suite, soyons fous et partons vivre dans un camp écoféministe, il est possible que tu ne sois pas absolument et irrémédiablement séduit.e. Eh bien écoute, le campement le plus connu du genre est le Greeham Common. Et si ça ne te dit rien, sache que c’est un peu l’équivalent du camp du Larzac mais en Angleterre et il a duré une vingtaine d’année de 81 à 2000. Dans le camp de Greeham Common, les femmes combattaient la base de la Royal Air Force où devaient être installés des missiles nucléaires. Bonne ambiance. Sauf pour les hommes puisque le camp était non mixte.

7. Globalement, les manifestations écoféministes sont plutôt bien barrées

La plus spectaculaire était la première : Women’s Pentagon Action qui eut lieu en novembre 1980 (au Pentagone, mais vous l’aviez certainement compris). Les meufs étaient déguisées en sorcières et prétendaient jeter des sorts sur le Pentagone, la manifestation était faite de cris de colère, avec des grandes marionnettes. Elles tissaient des toiles d’araignées géantes avec des fils de laine sur les escalier du Pentagone. Bref, gros délire. C’est pas pour rien que beaucoup d’écoféministes se revendiquent comme des sorcières.

8. Les textes écoféministes ne ressemblent pas à des essais classiques

Et pour en prendre connaissance on vous conseille la lecture de Reclaim, une anthologie de textes réunis par Emilie Hache. Vous allez voir c’est assez inattendu ! On y trouve des textes à la fois poétiques et politiques, pas du tout construits comme les textes académiques qu’on a l’habitude de croiser.

9. Concrètement, un des héritages actuels concrets de l'écoféminisme c'est la permaculture

Voilà, comme ça au moins vous avez en tête le résultat tel qu’on le voit aujourd’hui. De nombreuses écoféministes sont ainsi elles-mêmes engagées dans la permaculture, un concept dont l’objectif est de créer des écosystèmes en s’inspirant du bon fonctionnement de la biodiversité de ces écosystèmes. C’est avant out une philosophie qui vise à respecter les cycles de la nature. Pour la faire courte.

10. Pour résumer : écologie, féminisme, même combat

C’est ce qu’il y a de plus important à retenir sur l’écoféminisme, toutes les luttes sociales convergent avec l’écologie et en particulier le féminisme. On n’a pas à choisir entre l’un ou l’autre, ils s’articulent ensemble.

Et sinon j’ai écrit un livre voyez-vous sur le climat. On y parle de choses et d’autres et promis c’est juste un tout petit peu déprimant mais pas trop déprimant non plus.

Source : Reporterre, Libération, Le Monde, Usbek & Rica, Slate, Médiapart.

Prix : à partir de 15.07 chez Les libraires