Tous les jours, sous les articles, sous les posts, sous les infos, ils brandissent leur plume vengeresse : ces nouveaux commentateurs, véritables éditorialistes du XXI° siècle ont le chic pour mettre à profit leurs connaissances pointues des sujets les plus complexes ayant trait à l’actualité nationale et internationale pour pourfendre l’action des uns ou des autres. Leur savoir est éclairant et redonne foi en cette nature humaine si souvent décriée.

1. Un diplôme de géographie politique africaine

Parce qu’apparemment, les otages l’ont bien cherché, aussi, à aller se promener au Bénin alors qu’il fallait pas. En tous les cas, s’ils avaient écouté l’essentiel des commentaires des internautes, ils se seraient pas fait kidnapper, les cons.

2. Un diplôme mention bien de la DGSE

Ils sont pas dupes, nos internautes : ils ont bien vu ce qu’il se passait à Notre-Dame. Ils se doutent bien qu’un incendie, c’est toujours assorti de la mention « criminel » et autant vous dire qu’avec leur sagacité acquise au prix de dizaines d’années à travailler en clandé dans le renseignement, ils sont pas près de se laisser avoir, les mecs, et savent bien que c’est la statue qui a fait le coup.

3. Un diplôme de stratégie organisationnelle à destination des forces de l'ordre

Et si on les laissait un peu exprimer leurs vues avisées autre part que sous les articles, ça filerait droit cette histoire de gilets jaunes. La doctrine opérationnelle du ministère de l’Intérieur est en effet manifestement à côté de la plaque, quiconque a déjà passé un oral sur la mise en place d’un dispositif policier le sait.

4. Un diplôme d'entraîneur de football assermenté

Et ils sont pas dupes des choix racistes et/ou peu éclairés du sélectionneur ou de l’entraîneur du PSG. Ils s’y connaissent, ils ont appris directement pendant un stage de 12 mois auprès de Pep Guardiola, donc Tuchel et Deschamps peuvent aller se rhabiller, merci !

5. Un doctorat en droit constitutionnel

Vu la précision, la grâce, même, des interrogations constitutionnelles qui émaillent le débat numérique, on voit tout de suite que les commentateurs possèdent des connaissances aiguës sur le pourquoi du comment que ce sont toujours les mêmes qui décident. Poser des questions, faire des constats, se garder d’apporter des réponses : voilà l’art et la manière du chercheur humble et patient.

6. Un diplôme de professeur des écoles

Parce que l’Education nationale, c’est une affaire qui les connait, les internautes, et ils ont un avis bien tranché sur la question des profs qui foutent rien ou qui au contraire en font trop, sur la répartition territoriale du maillage scolaire, sur la carte scolaire, sur les méthodes pédagogiques à mettre en place et même sur l’économie de la cantine. Des experts.

7. Une agrégation d'économie

Parce qu’il faut avoir longuement observé les chiffres, étudié les tendances et suivi les aléas de l’Histoire pour pouvoir affirmer sans sourciller que le principal problème, en France, c’est les jeunes qui veulent pas bosser. Et c’est vrai que quand on voit autant de talents gâchés alors qu’on manque de profs, on a la larme à l’oeil.

8. Un diplôme de démographie délivré par l'EHESS

Lequel leur permet de prédire assez rapidement le grand remplacement orchestré par les pouvoirs publics en basant leur analyse sur des tendances de fond, objectives, fournies par l’INSEE. On se fait envahir et c’est que pour qu’on nous prenne notre travail et nos femmes. Un terrain de recherche riche et fructueux.

9. Un diplôme de l'ENA donnant accès à la Cour des comptes

Et qui permet d’avoir un point de vue plutôt éclairé sur les dépenses de l’Etat : on donne trop aux profs et pas assez aux gens normaux, on donne trop aux immigrés, les aides sociales coûtent un pognon de dingue. Heureusement qu’on a des magistrats de ce calibre pour veiller sur les finances centrales.

10. Un diplôme de l'école nationale de la magistrature

Lequel est indispensable pour rendre des verdicts aussi acérés que « il faut les foutres en prison », « rétablissons la peine de mort » ou « les prisons c’est pas l’hôtel ils sont là pour souffrir et il faudrait pas les plaindre non plus déjà qu’ils sont logés nourris blanchis ». Only god can judge me.

Avec tout ça, si on n’atteint pas le plein emploi et le bonheur suprême, je sais pas ce qu’il se sera passé.