Manson est mort. Le serial killer le plus connu d’Amérique et du monde, fou furieux ayant réussi à fasciner des générations de gens perdus avec une sorte de philosophie dingo-dingue inspirée de suprémacisme et de pop-culture, laisse derrière lui un héritage perturbant, une flopée d’assassinats et, plus gênant encore, des fans. Charles Manson est mort et c’est presque dérangeant de rappeler son histoire qui fascine encore plus qu’elle ne révulse.

1. Il a eu l'enfance la plus tristou de la terre

Ok bon l’idée est pas d’excuser le mec, mais replaçons tout ça dans son contexte : quand ta mère est une prostituée alcoolo et que ton père est un client, tu pars pas super bien dans la vie. Surtout quand ta mère se fait choper après avoir braqué un magasin et se retrouve en taule. Surtout quand, pendant ce temps-là, tu te fais élever par ton oncle et ta tante qui te maltraitent. Surtout quand, ensuite, ta mère peut pas te récupérer parce qu’elle est alcoolique, et que tu finis par être placé dans une école pour enfants délinquants à 14 ans après avoir braqué une épicerie. Non, tu pars pas super bien, dans la vie.

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2. Le type était proxénète et petit tueur depuis l'adolescence

Au début de son âge adulte, Manson joue les proxénètes et passe la moitié de son temps en prison. Chèques sans provision et petits braquages, mais aussi plusieurs assassinats présumés des autres proxénètes de son quartier. En 1967, il est incarcéré et demande à rester en prison parce qu’il ne sait plus quoi faire. Sa demande est rejetée et, à sa sortie, Manson quitte l’Indiana où il vivait pour rejoindre la côte Est où il s’intègre au mouvement hippie en jouant les musiciens itinérants.

3. Manson voulait devenir chanteur

Quand il arrive en Californie, Manson se retrouve en coloc avec le frère de Brian Wilson (le chanteur des Beach Boys), Dennis. Les Beach Boys enregistrent ainsi une chanson écrite par Manson, Cease to exist, mais l’affaire se termine mal parce que Brian Wilson modifie un peu les paroles, ce qui rend Manson fou de rage. Les types se battent, mais comme Charles Manson mesure environ 1 mètre 60, il se fait étaler. Mais Charles Manson ne désespère pas : il enregistre un album dans le studio de Dennis, qui sortira en 1974 mais sera retiré du marché. Mais personne ne veut produire Manson, et celui-ci en veut à mort à Terry Melcher qui a refusé son album. Cette haine aura une certaine importance.

4. Il était fasciné par les Beatles

Manson est totale déglingue. Il est fasciné par les Beatles et commence à faire des amalgames zarbis entre la Bible et des extraits de l’album blanc pour établir un genre de prophétie : en gros, pour Manson, tout ça prouve que les Blancs vont se faire dominer par les Noirs et qu’il faut réagir vite. Les meurtres qu’il prépare visent selon lui à faire accuser des Noirs de façon à accélérer la réalisation de la prophétie. Ce sont notamment les chansons Hekter Skelter et Piggies qui intéressent Manson. La première donnera son nom à la guerre interraciale prévue par Manson. La chanson Piggies sert elle à justifier le traitement que l’on réservera aux membres blancs de l’élite.

5. Sur cette base, il a fondé une secte

Du coup à partir de tout ça, Manson développe la théorie suivante : la guerre entre les Blancs et les Noirs doit se solder par la victoire des Noirs et comme les Noirs, c’est bien connu, sont incapables de s’organiser, ils auront besoin de Manson et de ses adeptes pour diriger le monde. En attendant, il faut se cacher dans la Death Valley. Ca a l’air con ? Oui, ça l’est, mais ça n’empêche pas des gens d’y souscrire. A 32 ans, Manson fonde une communauté hippie, une secte, et se présente comme la réincarnation du Christ, ce qui en jette un max. Une cinquantaine de personnes, surtout des filles que Manson viole, rejoignent le groupe, qui s’appelle « La Famille », sisi, la famille. La secte vit de petits vols et ses membres se droguent h24. Les filles sont violées en continu. C’est tout simplement super sympa.

6. Les assassinats réalisés dans la maison de Polanski relèvent d'une erreur

Bref tout ça nous conduit à un truc pas mal malin sur le papier. Dans le but de se venger de Terry Melcher tout en satisfaisant à la prophétie, Charles Manson prépare un gros coup : il convainc des adeptes d’aller buter Melcher chez lui histoire de bien montrer c’est qui qui domine, tout en faisant porter le soupçon sur des Noirs et ainsi initier le début de la prophétie ; lui n’y va pas, vous comprenez, il est trop important pour mettre sa vie en danger. Trois dingos y vont : malheureusement, Terry Melcher n’habite plus là. Maintenant, ce sont Polanski et Sharon Tate qui ont investi la maison. Massacre absolu, y compris de l’enfant dans le ventre de Sharon Tate. On écrit le mot « Pig » avec le sang de Tate sur les murs, on plante des fourchettes dans la gorge de certaines personnes présentes pour se rapprocher des paroles de la chanson des Beatles. SYMPA.

7. Ils ont aussi commis d'autres meurtres

On connaît bien le meurtre de Sharon Tate et de ses potes, on sait moins que, le lendemain, notre petit groupe de tueurs embrigadés par Manson sont allés tuer un prof de musique nommé Gary Hinman pour essayer de récupérer un héritage qui en fait n’existait pas. La famille est soupçonnée aussi d’autres meurtres, mais ils n’ont pas été jugés. Le problème, c’est que les autorités ne font pas tout de suite le lien entre les différentes affaires.

8. La police a découvert les meurtriers par hasard

Les flics piétinent. On ignore absolument qui sont les meurtriers ; on l’ignore d’autant plus qu’ils ont tué des personnes qu’ils ne visaient pas. Sauf qu’une des membres du commando de la mort envoyé par Manson se fait arrêter par hasard pour vol de voiture et parle à ses codétenues des meurtres qu’elle a commis. Ayé, les flics ont une piste. Dès lors, ça va vite : Manson est arrêté, ainsi que les membres de la famille qui ont participé au massacre. Le procès sera alors l’un des plus longs et les plus coûteux de l’histoire américaine.

9. Ambiance croix gammée

Avec un certain sens du spectacle, Manson, dès le premier jour de son procès en 1970, se montre avec une croix sur le front pour symboliser son exclusion de la société. Il est alors imité par ses disciples restés en liberté. Plus tard, incarcéré, il fera transformer la croix en croix gammée histoire de bien marquer la bonne ambiance. Manson est jugé responsable des crimes commis par la Famille malgré son absence sur les lieux, et condamné à mort. Mais une révision constitutionnelle commuant toutes les peines de mort prononcées avant 1972 en prison à perpétuité lui permet d’échapper à la chaise électrique.

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10. Manson avait des fans. Beaucoup, beaucoup de fans.

Pendant toute sa période de détention, Manson a été inondé de lettres d’admirateurs et d’admiratrices, fascinées par ce personnage d’exclu magnifique et complètement dingue. Il a ainsi failli se marier en 2015 avec une admiratrice avant de se rendre compte que la fille en question attendait qu’il meure pour ouvrir un mausolée à son nom et se faire de la maille. Mais au-delà de toutes les nanas fascinées par le tueur, les admirateurs se comptent par pelletée : Marilyn Manson a quand même pris son nom de famille et enregistré un album dans la maison où Sharon Tate a été tuée ; Johnny Depp a correspondu avec Manson. Et ses putains de tableaux peints en prison se vendent vraiment assez cher.

Sisi la famille.