Prendre le pouvoir, c’est cool. Mais prendre le pouvoir en tuant tout le monde, ça fait tache. Surtout si sa seule légitimité émane du fait qu’on avait l’armée derrière soi. Alors que quand le coup est bien pensé et rôdé, tout de suite, c’est la classe à Vegas. Sisi, la classe à Vegas.

1. La défaite de 1940

Et Pétain prit le pouvoir en se voulant sauveur de la France. Sauf qu’en réalité, la chute de la Troisième république et l’avènement de l’Etat français ressemble drôlement à un putsch. D’abord parce que Pierre Laval, quelques jours à peine avant la nomination de Pétain au poste de Président du Conseil, s’était rendu en Italie pour négocier avec Mussolini les conditions de l’armistice française. Ensuite parce que lors de ce fameux conseil des ministres ayant abouti à la démission de Paul Reynaud qui souhaitait continuer la guerre, Pétain disposait déjà, dans sa poche, de la liste de ses ministres, alors même que sa nomination n’était pas assurée. Enfin et surtout parce que l’armée française disposait d’une taupe en Allemagne nazie qui avait informé plusieurs hauts gradés des manoeuvres tactiques allemandes à venir, information tout simplement éludées par le haut commandement.

De là à évoquer un complot misant sur la défaite pour mettre en oeuvre un coup d’Etat afin d’instaurer un régime autoritaire… En tous les cas, c’était particulièrement bien mené.

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2. L'avènement de Juan Carlos

Pris sous sa coupe par Franco dès son plus jeune âge et formé dans les écoles militaires du régime franquiste, le petit-fils du roi déchu Alphonse XVIII avait été choisi comme successeur par le dictateur afin qu’il perpétue son oeuvre. Nommé roi d’Espagne en 69, il accède au pouvoir en 1975 à la mort de Franco et décide de mettre en place un régime démocratique. Son génie, pour maintenir son pouvoir est de réussir à mettre d’accord les communistes, les franquistes et les démocrates bon teint de collaborer une fois Adolfo Suarez nommé à la tête du gouvernement. Au final, une révolution de velours et le retour de la monarchie en Espagne.

3. Napoléon III et le 2 décembre 1851

Ça n’a pas été sans heurt (100 morts, 27 arrestations) et les barricades étaient nombreuses, mais il faut reconnaître que Louis-Napoléon a bien surpris son monde. Pris pour un imbécile par Thiers et les autres, qui pensaient pouvoir s’appuyer sur son nom pour gouverner dans l’ombre à l’orée de la deuxième république, Louis-Napoléon Bonaparte, élu démocratiquement, attend à peine 3 ans et demi avant de faire son coup d’Etat. Le 2 décembre, en hommage à tonton, il dissout l’Assemblée et appelle à un référendum pour une nouvelle constitution. S’ensuivront 20 ans de Second Empire, ce qui est quand même beaucoup plus que le Reich de mille ans, par exemple.

4. Le 18 Brumaire

Si Napoléon Ier a davantage marqué les esprits que son petit-neveu, son coup d’Etat avait tout de même un peu moins de panache. Encore que… Alors voilà : Sieyès voulait mettre un terme au Directoire et avait besoin pour ça de forcer la démission des députés et des Directeurs. Roublard, le voilà qui convoque tout le monde à Saint-Cloud en brandissant une menace imaginaire. Il se rapproche de Bonaparte qui lui offre un soutien militaire et, une fois tout le monde à Saint-Cloud, c’est parti pour la démission forcée par la menace de l’armée, en simplifiant à très gros traits. Pas de sang versé, rien.

Mais le grand gagnant, c’est Bonaparte qui va occuper un des trois postes de consul avant d’évincer ses petits potes.

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5. La chute de Bokassa

Jusqu’alors meilleur ami de la France, Jean-Bedel Bokassa commençait à devenir un ami légèrement envahissant : auto-sacré empereur aux frais du grand ami dans un ramdam ridicule, voilà que JBB voulait aussi doter la Centrafrique de la bombe atomique. Trop pour le gouvernement de VGE qui a décidé de le déposer avec l’aide des services secrets et du SDECE. D’abord, la France a aidé à instrumentaliser une vague de manifestations trop sévèrement réprimées pour créer un climat d’enfer. Puis les services secrets français ont attendu le départ de Bokassa pour une visite en Libye afin de passer en phase 2. C’est l’opération Caban qui aboutit à la prise du pouvoir par David Dacko et à la proclamation de la république. Pas hyper démocratique, la république, m’enfin.

6. Tito et la résistance yougoslave

Comme en France, il a existé en Yougoslavie occupée un très fort mouvement de résistance. En réalité, ce mouvement était double : d’une part, il était animé par les Tchetniks de Mihailovic un officier militaire royaliste qui luttait contre l’occupation nazie et italienne ; de l’autre, par les partisans de Tito. Le seul problème, c’est que Mihailovic était le premier à être entré en résistance, ce qui posait des problèmes à Tito en vue de la fin de la guerre et d’une probable compétition en légitimité pour prendre les rênes du pays. De là une manoeuvre diabolique. Refusant toute forme d’alliance entre les deux formations, Tito a combattu contre les Tchetniks en même temps que contre les nazis, tout en faisant courir le bruit que les Tchetniks avaient collaboré avec les nazis. Ce n’était pas tout à fait faux, Mihailovic s’étant livré à des actes de négociation avec l’occupant, mais certainement pas à une collaboration au sens où on l’entend. En convainquant les Britanniques de lâcher Mihailovic, Tito a réussi à évincer le seul autre prétendant au pouvoir, avant de le condamner à mort une fois parvenu à la tête de la Yougoslavie.

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L’Histoire égaie.