Surnommée la pieuvre pour l’étendue tentaculaire de ses réseaux, Cosa Nostra est une organisation mafieuse originaire de Sicile qui continue de faire des siennes en dépit des nombreuses politiques mises en oeuvre pour la combattre. Corruptions, trafics, rackets, assassinats, sa diversification est totale du moment que les trucs sont illégaux. C’est une institution à part entière dont le budget annuel est comparable à celui d’un grand ministère. Bref, une folie intégrale et assez terrifiante.

1. Ils ont infiltré TOUTES les strates du pouvoir

Politiques, justice, mais aussi Parlement européen, en la personne par exemple de Salvatore Lima, interlocuteur privilégie de la mafia à Rome puis à Bruxelles assassiné en 1992 pour n’avoir pas répondu aux consignes. Achat de politiques, menaces, assassinats : tous les moyens sont bons pour compter des soutiens de poids dans les plus hautes sphères du pouvoir. La gangrène était telle qu’il a fallu attendre le début des années 2010 pour que l’UE s’empare réellement du sujet mafieux et se déclare en guerre contre la Cosa Nostra. Bien timidement, du moins.

2. Elle a toujours entretenu des liens étroits avec le Vatican

Dans les années 80 a éclaté un énorme scandale avec le Banco Ambrosiano, banque basée au Vatican dont le premier actionnaire n’était autre que l’Institut pour les oeuvres de religion, soit la banque du Vatican. Et voilà, entre autres, ce qui se passait. En 1982, l’IOR était dirigé par Mgr Paul Marcinkus, qui était également le garde du corps de Jean-Paul II. Or, à la demande de ce dernier, le Banco Ambrosiano aurait effectué des placements à l’étranger avec l’argent (et sans l’aval) des personnes lui ayant confié sa thune, dans le but, notamment, de financer les opérations de la loge secrète P2. Seul hic : parmi ces personnes, on comptait le clan des Corleone, alors patrons de la Cosa Nostra. Sauf qu’un contrôle financier révèle un trou dans les comptes de la banque d’un milliard de dollars. Les mafieux sont pas contents du tout du tout du tout. L’administrateur d’Ambrosiano, Roberto Calvi, est arrêté. Il affirme que Marcinkus lui avait fourni des garanties pour effectuer ces opérations occultes et couvrir les dépenses, mais Marcinkus refuse de le reconnaître. S’ensuit un imbroglio total qui termine, en gros, par le suicide de TOUS LES PROCHES du Banco Ambrosiano, dont Roberto Calvi, retrouvé pendu sous un pont à Londres. Suicides, on vous dit. Rien à voir avec la Cosa Nostra.

Toujours est-il que sous les liens entre le Vatican et Cosa Nostra ont toujours été très étroits.

Source photo : Giphy

3. Dans les années 80, plus de 1000 personnes sont mortes en Sicile en raison d'une guerre clanique en son sein

Entre 1978 et 1982, plusieurs clans se disputent la tête de Cosa Nostra. En gros, d’un côté, on a les tenants du village de Corleone (oui, Corleone, comme le Parrain), qui comptent aussi des soutiens au sein des autres clans. De l’autre, des familles qui veulent aussi contrôler le réseau et puis des pouvoirs publics : juges, hommes politiques, flics. Morts. 1000 morts en 4 ans. Sur une toute petite île. C’est hallucinant.

4. Cosa Nostra a des ramifications partout dans le monde

De par la diaspora italienne, Cosa Nostra a réussi à installer des filiales partout dans le monde. D’abord aux Etats-Unis, comme le montre le Parrain, mais également au Canada, en Australie ou en Argentine. Sans compter ses liens avec la mafia albanaise. En réalité, Cosa Nostra était probablement l’organisation criminelle la plus puissante du monde jusqu’il y a quelques années.

5. Au début des années 2000, l'Etat a changé de stratégie pour combattre la pieuvre

Plutôt que de chercher à faire arrêter ses membres, elle a proposé des deals à des figures importantes pour obtenir des témoignages. La politique a plutôt marché, ce qui a considérablement affaibli la puissance de l’organisation au niveau national et international : mais Cosa Nostra continue ses activités de trafic de drogue, d’armes, d’humains, de proxénétisme et bien sûr de corruption à la fois sur les acteurs économiques et institutionnels de Sicile. Aujourd’hui, la Ndrangheta, originaire de Calabre, l’a dépecé d’une bonne part de ses activités et contrôle par exemple 80% du trafic de coke en Europe.

6. Elle est aussi organisée qu'une administration

Des cantons. A la tête de ces cantons, des chefs. Lesquels se réunissent comme dans un James Bond au sein d’une entité supérieure provinciale pour décider des choses à faire, sous la houlette d’un grand mamamouchi. Ensuite, sous le canton, il y a plusieurs familles, comprenant un capo, un sous-chef, un consigliere, et ensuite des hommes de mains. Une vraie entreprise. On se demande comment se passent les entretiens annuels d’évaluation.

Source photo : Giphy

7. C'est elle qui est à l'origine, entre autres, de l'assassinat du juge Falcone

On a beaucoup parlé de l’assassinat du juge Falcone, parce qu’il a sonné le point de départ d’une énorme opération mains propres en Italie qui a permis de desserrer un peu l’emprise mafieuse sur les autorités. En 1984, ce juge antimafieux de Palerme était parvenu à obtenir le témoignage direct d’un repenti, ce qui lui a permis de prononcer 360 condamnations pour des membres de la mafia en 1987. Tonnerre médiatique, ce grand procès n’a pas du tout été du goût du chef de Cosa Nostra qui a donc ordonné l’assassinat du juge coupable d’avoir fait son boulot. Occupé à mettre en place une brigade organisée pour combattre la mafia, Falcone, malgré son escorte renforcée, saute BOUM BOUM alors qu’il roule sur un pont truffé d’explosifs. Sa femme et ses gardes du corps y passent aussi.

8. Le choix des membres de Cosa Nostra est drastique

C’est plus dur de rentrer dans le clan que de devenir astronaute : il faut avoir deux parents siciliens, être né en Sicile et pas de parents divorcés, être catholique, être hétéro, ne pas être communiste et ne pas avoir de proche dans l’administration publique. Compliqué. Et quand on nous parle de reproduction sociale, hein…

9. Le rite d'initiation aussi est balèze

On est choisi par d’autres puis approchés à force de sous-entendus. Une fois la procédure lancée, impossible de sortir du truc, à moins de mourir ou de se faire exclure, ce qui revient à mourir. Ensuite, il faut observer plein de serments : ne pas se livrer au proxénétisme, ne pas tuer d’autre mafieux (surnommés les hommes d’honneur) sauf injonction de l’autorité provinciale suprême, ne jamais enlever personne en Sicile, ne jamais avoir de relation adultère et ne surtout pas être alcoolique. On se fait bien iech dans la mafia.

Source photo : Giphy

10. Le chiffre d'affaires de Cosa Nostra s'élève à plus de 10 milliards d'euros

C’est une estimation. Les derniers chiffres, qui datent de 2003, atteignaient même 13 milliards d’euros annuels. Mais autant dire qu’aucun commissaire aux comptes n’est dépêché pour certifier les bilans, hein, donc ça reste très vague. Ma petite entreprise connait pas la crise.

C’est autre chose que les Francs-Maçons.

Source : Rendez-vous avec X, Wikipédia