Depuis que pour Robert Ménard, « être français, c’est être blanc et catholique », je suis emmerdé. Je suis emmerdé pour moi, parce que je suis blanc mais pas catholique, et encore plus emmerdé pour l’amie noir de Nadine Morano. D’ailleurs, Morano, ça sonne pas très français, ça sonnerait même espagnol ou italien. Cela dit, les Italiens sont blancs et catholiques ; par contre, ils sont pas français. On s’y perd. Je tape « statut d’apatride » dans Google pour savoir la suite à donner à ma vie, on me dit que c’est interdit par la loi. On s’y perd, je vous dis. J’en parlais avec Robert, mon boucher, mais lui n’a pas ce problème-là. Reportage en immersion auprès de ces quelques Français qui ont encore leurs papiers.

1. Robert Barbusse, 54 ans, boucher-charcutier

C’est au Deux amis que nous retrouvons Robert « J’vais t’dire, si j’étais aux commandes, ça filerait doux » Barbusse, charcutier à mi-temps au marché de Brive-la-Gaillarde et amateur de Cinzano. S’il reconnaît n’avoir pas été à la messe depuis sa première communion, Robert se définit toutefois comme un catholique pratiquant. Simplement, pour lui, cette pratique est spirituelle, comme son humour : « Dieu, c’est comme une femme, on lui demande des services dans l’intimité et on aime bien qu’il ferme sa gueule » est l’une de ses punchlines. Malgré des prières, Robert n’a pas eu d’enfant : « Les médecins ont dit que c’était la picole qui rendait stérile. Pourtant, Rosie picole pas du tout… »

Taiseux, il gardera pour lui ses regrets. L’amertume pointe pourtant, parfois, toujours mâtinée de politique : « Les boubous, ils vont nous bouffer. J’aurais bien aimé nous faire un petit Cédric pour perpétuer la race blanche. »

Signe particulier: Robert est tout rouge.

robert

2. Alexandra du Maquignon-Daubert, 26 ans, étudiante en lettres classiques

Alexandra nous accueille dans la chambre de bonne de 65 mètres carrés que ses parents lui ont achetée avenue Henri Martin. L’ancien domaine des Maquignon-Daubert a été vendu à la découpe par le grand-oncle et grand-père d’Alexandra, le comte Ladislas, figure familiale qui a légué son courage, ses dettes, son patrimoine génétique et sa calvitie précoce à toute sa lignée. Décidée à poursuivre ses études malgré d’évidentes difficultés cognitives et scolaires liées à l’endogamie familiale, Alexandra a pu compter sur les anciennes relations de son père pour être admise à la Sorbonne en lettres classiques. A 26 ans, Alexandra retape sa L1 pour la 4ème fois. Son nez bourbon lui permettrait de prétendre à une place de courtisane si la monarchie était rétablie : c’est qu’Alexandra aurait été une beauté au quinzième siècle, boucles blondes sur alopécie, grosses hanches et peau diaphane.

Signe particulier: Les Maquignon-Daubert sont aussi dégénérés que des pandas.


Crédits photo (creative commons) : Gage Skidmore

3. Anne Prépuce, 72 ans, bonne soeur

Anne Prépuce fait office de grande sœur pour la dizaine de dévotes qui ont choisi de e réfugier au couvent des Bernadettes, dans le Loir-et-Cher. Anne a passé sa vie à servir Dieu (« Dieu, et les autres » ajoute-t-elle malicieusement). Sa vocation lui est venue très tôt : dès l’enfance, elle se réfugiait « en Dieu » pour échapper aux maltraitances de son père, un colonel en retraite amateur de ceintures. Le colonel Prépuce, condamné par contumace en 47, plaça sa fille au couvent pour la protéger après qu’un couple de pieds noirs s’était installé à Barbignane, le village où s’était réfugiée la famille pour échapper à la police. La famille, toujours la famille, une vocation chez les Prépuce, dont Anne est la dernière représentante après le décès de son frère Henri en prison. Aux Bernadettes, Anne et ses sœurs accueillent toutes les filles, quelle que soit leur origine. « Une manière« , ajoute-t-elle, « d’éviter que les étrangères ne se reproduisent en France. »

Le secret de famille: Anne ignore que son colonel de père lui a fait plein de frères et sœurs dans les anciennes colonies françaises. « Papa servait Dieu et la France« .

bonne soeur

4. Brice Bergerac, 42 ans, sans emploi

A plus de 40 ans, il porte beau. Né à la fin des trente glorieuses dans une famille de cadres supérieurs, Brice Bergerac a fait le choix de ne rien en avoir à foutre de ses études et de croire en sa bonne étoile. Victime d’une éclipse de 40 ans, Brice n’a pas réussi à s’en sortir comme il le souhaitait. De petits boulots en démissions fracassantes (« Ils ne valorisaient pas mon travail à sa juste valeur« ), Brice est devenu une sorte de mascotte au Pôle-Emploi de la Porte Dorée, dont il est le plus vieux « client ». « A mon époque, on parlait encore d’ANPE », glisse-t-il, mi-figue mi-raisin. Pour Brice, récemment divorcé, la raison à ses galères est claire : « C’est les noirs et les arabes qui sont venus pour nous voler notre travail et nos femmes, la mienne est bien partie avec un mec qui s’appelle Dylan, encore un arabe. » Selon lui, la discrimination à l’embauche concerne surtout les blancs : « Si je m’appelais Rachid, je peux te dire que je trouverais facilement un poste de cadre. » Brice souffre depuis plusieurs mois d’une bronchite chronique, mais il refuse de passer des examens : « Je n’ai pas l’argent pour aller chez un vrai médecin. A l’hôpital public, il n’y a que des étrangers, je fais confiance qu’à la médecine française. »

Signe particulier: Brice va crever de pure connerie.

Dans la nouvelle France qui se dessine, nos quatre mousquetaires feront office d’Adam et Eve appelés à repeupler le territoire. Malheureusement, la stérilité de Robert, la maladie congénitale d’Alexandra, la mort de Brice et la vocation monastique d’Anne risquent de compromettre ce plan bien huilé.