Quiconque a vu un James Bond sait que le métier d’espion comporte des risques. Et ce, même si le métier d’espion ne ressemble absolument pas à un film de James Bond. Pour autant, la Guerre Froide est émaillée d’assassinats d’espions réalisés en douce avec des techniques toujours plus sophistiquées. Mais ces histoires ne se limitent pas à la Guerre Froide. La récente tentative d’assassinat dont Sergueï Skripal a fait l’objet s’ajoute à une longue tradition.

1. La mort d'Alexandre Litvinenko

Ex-agent du KGB, Alexandre Litvinenko était un oligarque notoirement opposé à Vladimir Poutine. En 2006, il rencontre deux hommes d’affaires pour discuter investissements à Londres, au Millenium Hotel. Litvinenko menait des investigations sur les liens unissant Moscou à certains réseaux mafieux et avait de nombreux contacts avec le MI6. Il prend un thé. Peu après, il se sent mal. Après plusieurs semaines d’agonie, le voilà qu’il meurt. On découvre que son thé avait été empoisonné au polonium-210. Le seul hic, c’est que le polonium-210 est essentiellement fabriqué en Russie, et que Litvinenko ne meurt pas tout de suite : il a le temps, à l’hôpital, de livrer aux enquêteurs tous les détails sur son assassinat.

L’enquête aboutit en janvier 2016 à une mise en cause directe, quoique « probable » de Poutine dans la mort de l’opposant. Poutine a ri. La Russie refuse d’extrader le suspect principal du meurtre.

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2. La tentative d'assassinat ratée sur Sergueï Skripal

C’est l’affaire la plus récente de ce top. Le 4 mars, Sergueï Skripal, ancien agent double russe et sa fille déjeunent dans un resto de centre commercial. Ancien colonel au sein du GRU, il avait été recruté par les services britanniques auprès de qui il jouait un rôle d’agent double entre 1995 et 2004, date de son arrestation. Libéré à la faveur d’un échange d’espions, Skripal vivait depuis en Angleterre une vie de patachon. Jusqu’à ce jour donc, où on le retrouve peu après le déjeuner inanimé avec sa fille sur un banc du centre commercial. L’enquête détermine que Skripal a été contaminé par un agent innervant, une substance pouvant pénétrer les pores ou être inhalée et qui endommage le système nerveux.

Secourus, Skripal et sa fille s’en sortent, mais l’affaire devient une affaire d’état. Le policier arrivé en premier sur les lieux est aussi hospitalisé et tous les passants du centre commercial doivent brûler leurs habits en raison de l’extrême toxicité du produit. Theresa May a déjà laissé entendre que la Russie était probablement responsable de cette tentative d’assassinat, dont on ignore qui l’a exécutée.

3. L'agent double exécuté sur son lieu de travail par les services secrets chinois

Le New York Times a révélé en janvier 2017 qu’entre 2010 et 2012, une vingtaine d’agents américains infiltrés sur le territoire chinois avaient été arrêtés et/ou exécutés dans la plus complète discrétion. La CIA ignore si les agents ont été vendus par une taupe ou si la découverte du réseau est liée à une infiltration informatique des autorités chinoises. 18 personnes ont ainsi été assassinées à coup sûr. Une source des Américains a même été abattue froidement sur son lieu de travail pour transmettre un message très clair à ses collègues qui auraient des idées de défection.

4. Gareth Williams

En 2010, le mathématicien gallois Gareth Williams est retrouvé mort dans sa maison de Londres. Brillant élève, il avait rejoint les services de renseignement britannique quelques années auparavant. Depuis plusieurs jours, il ne s’était pas présenté au travail, ce qui avait poussé ses collègues à alerter la police. Celle-ci s’est donc rendue sur place pour découvrir son corps fourré dans un sac The North Face entreposé dans la baignoire. Le sac était fermé de l’extérieur, mais la clé se situait à l’intérieur du sac. Aucune trace d’ADN n’était présente sur les lieux. Il lui était a priori impossible de s’enfermer seul dans le sac d’après l’enquête et Williams travaillait sur des dossiers sensibles en lien avec le FBI.

On n’a pour l’heure pas élucidé sa mort.

5. Henri Curiel

Né en 1914 au Caire, Curiel était un militant anticolonialiste et communiste, membre du réseau Janson des porteurs de valise pendant la guerre d’Algérie, médiateur dans le conflit israélo-palestinien, militant de la paix et alter-mondialiste avant l’heure. Proche des pouvoirs algérien, cairote et palestinien ainsi que de la gauche israélienne, il était, sans être un espion, un acteur majeur de la représentation politique des intérêts de ces pays en ces temps de guerre froide. En 1978, deux hommes entrent dans son immeuble et l’attendent au pied de l’ascenseur. Ils l’abattent de 4 balles. Des groupes d’extrême droite, dont les reliquats de l’OAS, revendiquent l’attentat ; mais leur implication n’est pas établie. En 2018, l’enquête est rouverte suite aux confessions posthumes d’un ancien militant d’extrême droite, René Resciniti de Says.

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6. Philippe de Dieuleveult

Animateur de la Chasse aux Trésors, Philippe de Dieuleveult était aussi un officier de réserve de la DGSE, ce que le grand public a appris bien plus tard, suite aux révélations de son frère, en 1994. Alors qu’il entreprenait une descente en rafting sur le fleuve Congo en 1985, Dieuleveult disparaît près d’un barrage hydroélectrique. On ignore s’il a été assassiné ou s’il s’agit d’un accident. On sait qu’il y a eu un micmac concernant l’acheminement du laissez-passer dont disposait l’équipe auprès des autorités zaïroises, et on sait donc que Dieuleveult était un officier de réserve de la DGSE. Dès lors, les hypothèses les plus sérieuses sont celles d’une bavure policière ou encore d’un assassinat commandité par erreur par les services secrets locaux. Les témoignages indiquent en effet que des objets transportés à bord du radeau de Dieuleveult auraient été dissimulées par des policiers en faction peu après sa disparition.

7. Ali André Macili

Chef des services de renseignement algériens pendant la guerre d’Algérie et homme politique, Ali André Macili avait fait montre de son opposition à la dérive autoritaire du pouvoir dans son pays. Emprisonné un temps, il s’était réfugié en France en 1966 d’où il dirigeait son parti d’opposition, d’obédience socialiste, depuis Marseille. Devenu avocat, Macili s’installe à Paris où il exerce son métier. Il dénonce publiquement l’ambiguïté de la position algérienne vis-à-vis des mouvements terroristes. Le 7 avril 1987, il est assassiné au pied de son immeuble. Des renseignements orientent les policiers sur la piste d’un truand algérien, Amellou qui, arrêté, porte un ordre de mission au nom des services de renseignement algériens.

Mais le juge d’instruction juge apparemment le faisceau insuffisant pour incarcérer Amellou qui est libéré et expulsé du territoire, donc renvoyé en Algérie. Ensuite, l’histoire s’enlise pendant 20 ans. On estime que le gouvernement français aurait facilité l’évacuation d’Amellou pour ne pas créer d’affaire d’Etat avec le pouvoir algérien.

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8. L'assassinat de Georgi Markov

Parfois, des gens ont des noms d’espion sans être vraiment des espions. C’est le cas de Georgi Markov, un écrivain bulgare réfugié en Angleterre pour échapper au communisme. Réfugié à l’Ouest en 1969, d’abord en Italie puis en Angleterre après avoir été directement visé par le régime en raison de ses pièces polémiques sur le régime communiste, Georgi Markov collaborait avec la radio britannique où il livrait des tribunes très critiques envers le régime bulgare.

En 1978, alors qu’il attendait le bus pour rentrer chez lui, un passant lui pique apparemment sans faire exprès la jambe avec son parapluie. Le mec abandonne son parapluie peu après. Le soir même, Markov se sent mal. Trois jours plus tard, il meurt. L’autopsie permettra de déterminer que Markov avait été empoisonné à la ricine. On soupçonne le KGB d’avoir aidé les services secrets bulgares à monter l’opération.

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Mieux vaut être commissaire aux comptes, c’est moins risqué.