Aux Etats-Unis, de nombreuses personnes noires se font tuer par des policiers dans un climat d’impunité totale et c’est une atrocité qu’on dénonce dans le monde entier (des chiffres précis sont disponibles ici). Bien que l’histoire de la France et celle des États-Unis soient singulièrement différentes, des violences raciales existent également dans notre pays (un pays d’ailleurs régulièrement condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme pour des violences policières racistes). La militante anti-raciste américaine Angela Davis a dit « Dorénavant, Je n’accepte plus les choses que je ne peux pas changer, je change les choses que je ne peux pas accepter » et c’est ce que l’on devrait tous faire. Le racisme systémique en France est une réalité et, peu importe sa couleur de peau, il est possible de se battre pour faire changer la société. En France aussi, le déni tue.

Se renseigner

1. En tant que personne blanche, se rendre compte de sa situation privilégiée

Chacun sait que la situation de racisme systémique en France n’est pas aussi dramatique qu’aux Etats-Unis. Pourtant, elle est bien réelle. Dans un système d’oppression, il y a un groupe opprimé et un groupe privilégié, mais ce dernier n’a pas besoin de soutenir le système, ni même d’en être conscient, pour en bénéficier. Reconnaître son privilège, c’est être conscient que certaines personnes n’ont pas accès à ce que l’on considère comme acquis. Par exemple, en tant que blanc, je sais que si on refuse ma candidature pour un emploi ou mon dossier pour un appartement, ce ne sera jamais à cause de ma couleur de peau. Quand je croise un policier, je n’ai pas peur et quand je cours dans la rue, personne ne resserre la main sur son sac. Je ne me suis jamais dit que tout serait plus simple si ma peau était d’une autre couleur. Ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde. Se sentir coupable d’être privilégié est inutile ; ce qui est important, c’est de se rendre compte que ce privilège existe et de l’utiliser à bon escient pour tenter de faire changer les choses.

Ressources utiles : RacialEquityTools Virginie DespentesThéorie du privilège

2. Toujours écouter la parole des concernés

Comme dans toutes les luttes, la parole des concernés est la plus précieuse et la plus importante. Cela devrait être évident pour tous que la parole des personnes précaires est la plus légitime pour parler de pauvreté et qu’une femme est mieux placée qu’un homme pour parler de sexisme ; c’est la même chose pour le racisme. Si une personne non blanche dénonce une situation de racisme, la moindre des choses est d’accepter ce ressenti et d’adapter son comportement. Si quelqu’un fait part de son expérience avec le racisme, le plus important est de ne jamais invalider ses propos. Si tout le monde faisait un effort, on n’entendrait plus jamais de phrases de type « Oh ça va, c’est pas raciste ! ».

3. Suivre les personnes très impliquées

Pour s’informer, il est aussi important de suivre des organisations et associations qui se battent au quotidien contre le racisme : SOS Racisme et le mouvement Black Lives Matter pour ne citer qu’eux. Sur les réseaux sociaux, il est également possible de suivre des personnalités connues pour leur militantisme antiraciste, comme les comptes de Hapsatou Sy, Rokhaya Diallo, Angie Thomas, Assa Traoré, Spike Lee, Tarana Burke, John Boyega et beaucoup d’autres… Il ne s’agit pas de prendre pour argent comptant tout ce qu’on lit, Le meilleur moyen de se faire un avis éclairé reste toujours de multiplier ses sources et ensuite de confronter les points de vues, les prises de position de tous ces militants pouvant parfois différer sur certains points.

4. Des ressources pour s'instruire

On peut trouver sur internet de nombreuses ressources pour s’instruire : des films, des documentaires et aussi des podcasts. On a fait une petite sélection de contenu culturel intéressant pour se renseigner sur le racisme et de ses dégâts, en France et ailleurs (d’autres ressources en français sont disponibles sur ce lien).

Les films, séries et documentaires : Dans leur regard et Le 13ème d’Ava DuVernay, Trop noire pour être Française ? d’Isabelle Boni-Claverie, Les Misérables de Ladj Ly, I am not your negro de Raoul Peck, Ouvrir la voix d’Amandine Gay, The hate you give de George Tillman Jr., Dear White People de Justin Simien

Les podcasts audio à écouter : Tous les épisodes du podcast Kiffe ta race de Rokhaya Diallo et Grace Ly ; What’s the F* de de Fania Noël et en particulier l’épisode #7 : La classe efface-t-elle la race ? ; Les enfants du bruit et de l’odeur d’Ulriche et Prisca ; l’épisode #21 de La Poudre : Assa Traoré, l’épisode #27 de Le Bureau : Celle qui ne veut plus se sentir différente

Dénoncer

5. Dénoncer les comportements racistes

Au vu des violences raciales et du racisme permanent que subissent les personnes de couleur au quotidien, se contenter de ne pas être raciste ne suffit plus forcément. L’important c’est de s’impliquer et de dénoncer le racisme partout et tout le temps. Que ce soit dans son cercle d’amis, dans sa famille, dans les médias ou sur internet, il est important de pointer du doigt le racisme pour qu’il ne passe pas inaperçu. Dans une situation où quelqu’un ne se rend pas compte que ses propos ou ses actes sont racistes (l’appropriation culturelle par exemple), lui expliquer le problème peut mener à faire évoluer sa mentalité. C’est le but en tout cas. C’est souvent compliqué évidemment, et on échappe pas à de longues discussions. Dans une situation d’abus de pouvoir ou de manipulation par une figure d’autorité, il est toujours possible de filmer ou d’enregistrer pour dénoncer des actes ou propos intolérables.

6. Diffuser et partager pour sensibiliser

Afin de renseigner la population, de faire changer les mentalités et de garder des preuves de violences physiques, verbales ou morales, il peut être important de partager toute information utile (sur les réseaux sociaux, comme ailleurs). Encore une fois on insiste sur la nécessité de vérifier ses sources avant de partager la première vidéo venue. Même si la cause est juste, la diffusion de fake news peut faire très mal à une cause et la desservir. Les vidéos de violences (policières ou non), les témoignages et les statistiques sur les discriminations sont des preuves que le racisme est un problème réel en France, comme ailleurs.

7. Manifester son désaccord

Mardi 2 juin 2020, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant le Parvis du tribunal de Paris pour dénoncer la mort de personnes noires suite à une interpellation des forces de police. Assa Traoré, la soeur d’Adama Traoré mort en 2016 suite à un placage ventral opéré par trois gendarmes, était en tête du mouvement. En France comme dans le reste du monde, de nombreuses personnes non blanches sont victimes de contrôles au faciès, d’humiliations, de violences verbales et même de violences physiques entraînant parfois la mort. Pour Adama Traoré, pour George Floyd et pour tous les autres, il est possible de participer aux manifestations.

Au vu de la situation sanitaire actuelle, nous ne pouvons pas conseiller de manifester en ce moment. Si vous prenez ce risque, il est important de porter un masque et de maintenir autant que faire se peut des gestes barrières.

Soutenir

8. Signer les pétitions (et donner si on peut)

Un des gestes les plus simples pour soutenir une cause importante c’est de signer les pétitions liées à la défense de cette cause. Sur cette page (version française) du site Black Live Matter, on peut retrouver la plupart des pétitions ainsi que d’autres ressources pour agir aux Etats-Unis depuis la France. Au niveau de la France, on peut signer une pétition pour manifester son refus concernant la proposition de loi visant à empêcher la diffusion des images de violences policières. Selon ses moyens, il est aussi possible de faire un don pour aider le mouvement Black Lives Matter.

9. Soutenir ceux qui luttent

De nombreuses personnes ont lutté toute leur vie contre le racisme, il est important de leur apporter du soutien. On parle évidemment de militants et d’activistes mais également des artistes, des auteurs, des sportifs et de toutes ces personnes discriminées à cause de leur couleur de peau ou de leurs origines. En luttant contre les inégalités et les discriminations, on tente de faire changer les choses. L’idée n’est pas de commencer une guerre raciale mais d’y mettre fin.

10. Proposer ses services

En se rapprochant d’associations ou d’organisations de lutte contre le racisme, il est possible d’apporter de l’aide en proposant bénévolement ses services. Cela peut être de la traduction, du graphisme ou de la photographie par exemple. On peut aussi être formé pour sensibiliser les plus jeunes dans les écoles ou les centres de loisirs. Certains avocats se sont même engagés à représenter sans frais des manifestants arrêtés sans raison valable par la police. En bref, il est toujours possible de mettre ses compétences au service d’une cause importante.